Chronique: Cucul, de Camille Emmanuelle


Une lecture d'utilité publique ! Culcul est une parodie de roman de New Romance qui amuse et fait réfléchir...adoptant le ton enjoué des comédies il narre l'aventure de Marie, prof de français contractuelle et donc en manque d'argent, qui écrit des romans à l'eau de rose pour arrondir ses fins de mois. Hélas, un jour son éditrice lui commande un texte de Dark Romance, dont les codes heurtent les principes de  l'héroïne. Elle prend alors une décision qui bouleversera son avenir....

@camille_emmanuelle parvient ici à alerter sur les dérives de ce genre sans pour autant prendre un ton moralisateur. En apparence, l'histoire est un bonbon acidulé parfait pour plaire aux jeunes lectrices : un héros hyper bien foutu bouscule la vie de la fille banale et lambda. Mais le discours sous-jacent est fondamentalement féministe et il pointe de son doigt manucuré toutes les déviances de ce genre littéraire qui développe une image hyper dévalorisante de la femme et une vision très rétrograde des rapports amoureux (la plupart du temps hétérosexuels).

L'autrice joue avec les archétypes des personnages, les clichés langagiers, le côté malsain de ce qui est valorisé dans la Dark Romance (violences et soumissions, fantasmes sordides à la pelle). Surtout elle dénonce le mépris du monde de l'édition pour le lectorat puisque ces bouquins sont produits à la chaîne et les acheteuses considérées comme des vaches à lait.

Pour autant le style reste léger, misant sur le dialogue en créant des discussions où arguments et contre arguments se répondent dans les propos des personnages. Un discours préventif qui opte pour la persuasion douce plutôt que la condamnation ferme, même si la nocivité de ces romances ne fait aucun doute pour la narratrice, idée à laquelle j'adhère totalement. 

"Là, je devais rendre glamour la violence conjugale et les violences sexuelles. Je devais rendre irrésistible un prédateur".

"Mais la Dark Romance allait plus loin : elle nous" vidait la tête ", certes, mais elle la remplissait d'une fantasmatique basée sur la violence et la manipulation. "Il contrôle la façon dont je m'habille mais la jalousie c'est une preuve d'amour " ; "Il est distant mais c'est parce qu'il est mystérieux "; "Il est incapable de s'engager, mais ce n'est pas de sa faute, c'est son enfance "; "Il est violent, mais il m'aime si fort ". Ces phrases de femmes maltraitées, manipulées ou frappées par leur conjoint, on les entendait souvent dans les procès pour violences conjugales. Elles étaient désormais disponibles dans vos meilleures librairies"

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