Chronique : Médée, sénèque

 


Médée
Sénèque
Traduction de Florence Dupont
* Roman Culte #5 *
Comme nombre d'entre vous je pense, j'ai toujours beaucoup aimé la mythologie. Récits fondamentaux, expressions extrêmes des passions et douleurs intimes, ces textes condensent toute la complexité de l'âme humaine en quelques lignes.
Médée, version Sénèque reste l'un de mes récits préférés. Folle, cruelle, pleine d'orgueil, cette héroïne peut incarner la parfaite représentation de la femelle hystérique. Ou bien simplement celle d'une femme puissante.... (très puissante même puisqu'elle est de sang divin).
Repudiée par son mari Jason alors qu'elle l'a aidé à conquérir la Toison d'Or, et que pour ce faire elle a commis des crimes atroces (entre autres : découper son frère en morceaux, pousser les filles de Peleas à faire bouillir leur père dans une marmite), Médée pète un câble. Elle s'enfonce dans une folie vengeresse et use de tout son pouvoir destructeur, en franchissant les limites de l'innommable. Je vous laisse découvrir comment, histoire de ne pas déflorer cette courte intrigue.
Le principal mérite de la prose mythique est justement de poser des mots sur l'inconcevable, enfin sur ce qui se conçoit, mais qui sur scène est représenté en acte, ce qui nous horiffie et soulage à la fois (catharsis). Personnellement ce qui me fascine chez Médée c'est son refus d'obéir, de s'effacer. C'est sa revendication à être. Sa lutte pour qu'on entende sa voix. Le texte est puissant, beau et terrible à la fois.
" Des mots.
Je sème plaintes et mots dans un désert".
" Regarde moi
Je suis la mer et la terre
Le feu et le fer
Les dieux et la foudre"
"Tu as mieux à dire ma douleur
Tu as mieux à dire ma folie"
"Nulle force au monde
Ni incendie ni ouragan
Ou machine de guerre
N'a la violence d'une femme abandonnée
N'a son ardeur et sa haine"
"Qu'ils meurent, ce ne sont pas mes fils
Qu'ils meurent, ils sont à moi".

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