Chronique : Echine, Philippe Djian

 


Echine
Philippe Djian
* Roman Culte 4 *
"Chaque fois que je voyais Paul Sheller s'avancer vers moi, j'avais envie de le tuer. Même lorsque c'était moi qui venais le voir. Durant quelques secondes, je regardais fixement sa gorge qui palpitait comme un petit oiseau blanc, puis la vision se dissipait et j'avais alors le sentiment que ma vie n'était pas aussi formidable que je l'aurais souhaité. Après quoi, nous nous serrions la main".
Longtemps j'ai pu réciter ce parfait incipit par cœur -oui incipit, laissez moi me gorger des quelques traces d'études littéraires qu'il me reste. Longtemps j'ai vu ce petit oiseau blanc palpiter devant mes yeux fermés à la simple mention du titre de ce roman (titre qui reste encore pour moi une énigme).
J'ai 15 ans lorsque je découvre ce roman. Il traîne dans la bibliothèque de ma mère, je l'ouvre, je lis ces premières lignes, et c'est le choc. Le choc du style. Je vous jure que je n'avais encore jamais rien lu de pareil. L'image saugrenue mais si parlante, la sonorité des mots, le rythme -et l'humour. J'ai 15 ans et je découvre la magie de la langue contemporaine, cette faculté qu'ont certains mots qui, polis, assemblés, triturés ensemble, font naître l'étincelle. L'émerveillement. L'envie. La gourmandise de lecture.
J'ai 15 ans et j'ignore tout de Djian. Je ne connais pas 37,2°, encore mois Béatrice Dalle, ni Stephan Eicher ni que depuis les années 80 Djian incarne l'écrivain rock à la mode. Tout ce que je sais c'est que j'adore Échine. J'adore ce personnage d'écrivain célèbre en période creuse, en proie avec les affres de sa vie sentimentale, son manque d'inspiration et les tribulations de ses adolescents. J'aime cette tribu désabusée et barrée, l'intrigue invraisemblable mais prenante. C'est bien simple : j'ai envie de vivre dans ce livre.
Laissez tomber tous vos préjugés concernant Philippe Djian : lisez Échine.
Des amateurs dans la salle ?

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