Chronique : The Girls, Emma Cline
Phénomène d'édition à sa sortie (dû au jeune âge de l'autrice et au contexte auquel le roman fait référence) The Girls est une première œuvre totalement maîtrisée, subtile et captivante.
Evie Boyd est une adolescente qui vit seule avec sa mère au sud de la Californie. C'est la fin de l'été, la fin du lycée, Evie s'ennuie. Comme beaucoup de jeunes filles de son âge, elle trouve sa vie morne, sa meilleure amie tout à coup puérile, et elle n'a pas confiance en elle. Plus que tout elle désire un ailleurs, un mieux, un autrement. C'est alors qu'elle rencontre Suzanne, une des adeptes d'un certain Russell... S'ensuivent de longues pages décrivant le processus d'embrigadement de la jeune fille, aveugle aux bizarreries du ranch qui abrite Russell et ses adeptes. Aveugle aux manipulations du gourou qui se comporte en pacha au milieu de son harem, à ses stratagèmes pour piéger un de ses anciens amis devenu traître.
Il y a tant à dire sur ce roman qui s'inspire de Charles Manson ; d'abord que cette historicité est très vague ; les références datées sont subtiles, seuls certains détails nous permettent d'identifier l'époque hippie (toutes le jeunes filles du livre ressemblent à Pamela Courson). Le texte est écrit à la première personne, dans un jeu de flash-back. Les aspects glauques de la secte (abus sexuels, meurtres) ne sont pas occultés mais ce qui constitue le cœur du roman est avant tout les troubles de l'adolescence. Cette étrange langueur, ce mélange d'insatisfaction et de fragilité qui empêchent de s'affirmer et de dire non.
J'ai beaucoup pensé à L'étranger de Camus au cours de ma lecture, ainsi qu'à Virgin Suicides de Coppola, pour la passivité de personnages, et cet aspect groupe de filles aux cheveux vaporeux qui sont aussi puériles que cruelles.
Un roman envoûtant qui ne m'a fait regretter ni mon adolescence ni la Californie des années hippies !


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