Chronique: La saison des feux, Celeste Ng
Je m'aperçois que je publie peu de chroniques de polars sur ce compte alors que j'en lis régulièrement et que je les apprécie. Celui-ci tout particulièrement car il allie suspense addictif et critique sociétale.
La saison des feux s'ouvre sur une prolepse en forme d'incendie : la maison d'une banlieue américaine cossue brûle sous le regard impuissant de ses propriétaires, les Richardson. Il y a là 3 des ados, Lexie, Trip et Moody ; la mère, Elena, en peignoir car elle sort de sa séance de piscine, et le père, avocat, en grande discussion avec les pompiers. En fait tout le monde se doute de la vérité : l'absence de la cadette de la famille, Lizzy, réputée perturbée, tend à prouver qu'elle est l'autrice des faits.
Tout le suspense du roman repose sur ce fil : quelles sont les raisons qui ont poussé cette toute jeune fille à brûler le foyer familial ? Car a priori, les Richardson incarnent la tribu idéale (beauté, aisance financière, succès, facilités scolaires). Évidemment c'est l'introduction d'un élément perturbateur, en la personne de Pearl Warren, qui vient tout bousculer. Pearl a emménagé avec sa mère célibataire, artiste photographe, dans l'appartement loué par les Richardson.
Deux grains de sable viennent faire voler en éclat une perfection de façade : le procédé est classique mais terriblement efficace. Car Céleste Ng décrit avec une précision chirurgicale les façons de vivre de ces deux familles, l'une bohème et l'autre bourgeoise. C'est bien sûr toute l'arrogance de l'american way of life qui est égratigné. On baigne vite dans une atmosphère à la Desperate Housewives, la finesse de l'écriture en plus. Les intrigues secondaires (le passé de Mia, la maman de Pearl ; une affaire de vol de bébé adopté qui touche des proches des Richardson) donnent de l'épaisseur à l'histoire. L'autrice aborde judicieusement, sans prendre parti, de nombreux sujets tels que le communautarisme américain, les écarts de classe, le racisme, l'adolescence, le sexe. Cela donne naissance à un roman consistant et pourtant fluide, contextualisé (années 1990 et l'affaire Levinksy/Clinton) et pourtant universel.
À decouvrir !


Commentaires
Enregistrer un commentaire