Chronique : L'enfant Céleste, Maud Simonnot
Rares sont les textes qui vous envoûtent dès les premières lignes. Encore plus rares sont ceux qui maintiennent cet enchantement jusqu'au dernier point.
L'Enfant Céleste est de ceux-là : un roman tout en merveilles.
L'histoire est celle d'une maman célibataire qui, plongée dans le chagrin suite à une rupture amoureuse, décide de protéger son petit garçon rêveur de la dureté du monde. Car Celian, son fils, est un enfant différent: différent dans son développement, dans ses apprentissages, dans son rapport au monde. C'est ce qu'on appelle, dans notre jargon d'éducateur, un enfant précoce (ou à "Haut Potentiel"). Incompris par les autres, et en premier par sa maîtresse, c'est surtout un enfant qui souffre.
Alors, comme ils sont tous les deux passionnés par l'astronome Tycho Brahe (XVIeme siècle), ils s'exilent sur son île, Ven. Si l'histoire est originale en soi, j'ai surtout été conquise par le style. Il s'agit d'un récit tout en esquisses, d'une poésie extraordinaire. Le cœur du roman est la langue, ainsi que la fascination pour la beauté de la nature et du cœur pur des gens. En parallèle un lien est fait entre Tycho Brahe et Shakespeare.
Je suis ressortie inspirée de cette lecture, admirative : oui la littérature peut encore procurer des frissons. Il suffit d'une phrase, d'une expression magnifique, d'un agencement de mots habile, de sonorités choisies avec soin. De scènes courtes et délicates.
"La forêt de Ven exhale un parfum pénétrant et délicieux. Ses larges ramures étouffent les sons, seules les feuilles qui se détachent et tombent en tournoyant ou les bruissements d'ailes troublent la magie de l'instant. (...) La vie m'appelle au bout de l'allée et j'avance sous les branches de plus en plus clairsemées qui font place au bleu du ciel, vers mon fils".
La grâce.


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